Le personnage

« Big Brother is watching you »

Dans 1984, Big Brother est le chef du « Parti », donc de l’État d’Océania, objet d’un culte de la personnalité. Son surnom n’est pas traduit en français, et en novlangue on l’appelle « b.b. ». Les affiches de propagande rappellent la maxime officielle Big Brother is watching you (« Big Brother vous regarde »), ce qui en pratique s’applique par la présence de « télécrans » dans les domiciles privés (même s’il est évident que ces écrans ne sont pas surveillés par Big Brother lui-même mais par des agents dévoués).

Il n’apparaît jamais en personne. Il est représenté par le visage d’un homme d’environ 45 ans, moustachu, fixant les gens dans les yeux, dans une expression qui se veut à la fois rassurante et sévère.

La propagande veut que Big Brother soit le créateur du parti, ainsi que le héros d’innombrables exploits révolutionnaires.

Ces affirmations finissent par éveiller le doute, puisque le visage apparaissant publiquement est bien trop jeune pour avoir été impliqué dans ces événements, et qu’il ne vieillit pas.

Finalement, les clés sur l’existence de Big Brother sont données dans les scènes d’« éducation » de Winston. Big Brother, lui, est présenté comme immortel tant que le parti est au pouvoir. À la question existe-t-il ?, la réponse est oui. La question a-t-il un corps ? est récusée comme n’ayant pas d’importance pour déterminer s’il existe. Existe-t-il comme j’existe ? entraîne la réponse vous n’existez pas. Il devient évident pour le lecteur que Big Brother est une icône de propagande qui n’existe pas en tant qu’être humain (ou est basé sur un fondateur du parti décédé depuis), mais l’autorité qu’a le Parti pour décider de ce qui est vrai ou faux doit l’emporter sur les recherches d’incohérence (c’est le 2 + 2 = 5) et sur la confrontation aux faits matériels (c’est la double pensée). Il est donc essentiel pour un habitant de cet univers d’accepter l’existence de Big Brother.

Emmanuel Goldstein (personnage fictif du roman) souligne dans son livre que le nom de Big Brother lui-même est un paradoxe, tout comme les noms des ministères océaniens. L’Angsoc prône en effet une désintégration du noyau familial, en encourageant les enfants à dénoncer leurs parents, ou en inhibant tout amour au sein d’un couple au profit du devoir de procréer pour le Parti. Il est donc paradoxal que son nom soit « Grand Frère », qui est une image destinée normalement à encourager l’amour au sein d’une famille.

Quoi qu’il en soit, Big Brother est un personnage de propagande et une allégorie, l’incarnation du « Parti », et aussi (cela revient au même) l’incarnation du devoir civique à Océania.